Le site filmographique
Marie-José NAT / Michel DRACH
TV - 2003
Ceux qui aiment ne meurent jamais
Réalisation Christophe Malavoy

TV - 2003 - Ceux qui aiment ne meurent jamais - Réalisation Christophe Malavoy

Fiche technique : D'après le roman de Christophe Malavoy "Parmi tant d'autres" - Productrice Nelly Kafsky - Musique originale Bruno Alexiu - Chef op Elisabeth Prouvost - Montage Christine Marier - Décor Vera Zelinskaya - coproduction Nelka Films, Arte France et France 2

Diffusion-TV : Arte, vendredi 06-02-2004 (20h40) ; Ciné Cinéma Premier, janvier 2006

Avec Christophe Malavoy (André), Caroline Victoria (Odette), Vladimir Volkov (Albert), Marie-José Nat (Éva), Alain Ganas (le docteur), Tatyana Bedova (l'infirmière), Viktor Smirnov (le médecin-chef), Vyacheslav Verbin (l'aumônier)

et Olga Abéléva (Soeur Amélie), Sergei Barkovsky (chirurgien), Mark Gavrilov (infirmier), Michel Guillemin (Jougla), Ilya Ispolatov (Alazard), Eric Kenta (Morette), Alexandra Kouznetsova (jeune fille), Ekatérina Maroussiak (employee des bains), Rodion Prikhodka (un soldat), Mikhail Razumovsky (Languemard), Katia Romanovskaia (Amélie), Alexandre Stroiev (Causse), Ekaterina Untilova (Mère Amélie)

Le sujet :

A travers la mémoire d'une famille, l'agonie d'un officier dans les tranchées, les souvenirs de sa vie de couple et le combat intérieur de son fils confronté à son deuil.

Albert, un petit garçon de 9 ans, a perdu son père à la guerre de 14-18. Sa mère, Odette, ne s'est jamais remariée. Au cours d'une partie de cache-cache, Albert découvre dans l'armoire d'un grenier un vieux portefeuille traversé par plusieurs impacts de balles, et une photo de sa mère, enceinte. Albert réalise que son père est mort alors que lui n'était pas encore né. Par "visions", il va essayer de le faire revivre et commence ainsi un voyage dans le passé. Ce voyage temporel va familiariser Albert avec son père. Il apprend comment ses parents se sont connus, combien ils se sont aimés, assiste à leurs adieux, alors qu'Odette le porte déjà dans son ventre. Albert suit son père jusque dans les tranchées, découvre l'horreur de la guerre. De sa petite présence fantomatique, il le veille et le protège pendant sa longue agonie dans une chapelle transformée en hôpital. Après avoir assisté à l'inhumation de son père au milieu d'un champ de bataille, le jeune Albert rejoint sa mère à la clinique, et se regarde naître.

 

Le film

Christophe Malavoy adapte ici à l'écran son roman, Parmi tant d'autres, dans lequel il évoquait la figure de son grand-père, mort au front, et les répercussions de cette mort dans la mémoire familiale dont il est l'héritier. On retrouve dans son film cette trame narrative : la mort du grand-père, son transport à l'hôpital de campagne le plus proche, son agonie, tandis que parallèlement, à Paris, Albert, le fils d'André, se bat contre une étrange langueur. Le changement de titre signale bien l'approche spécifique du téléfilm : il s'agit moins de raconter l'histoire d'un soldat tué à la guerre parmi tant d'autres que de montrer la survie d'un homme dans le souvenir qu'il laisse à son fils. Le film de Christophe Malavoy est ainsi à la fois un film de guerre, dans lequel les combats sont montrés de façon tout à fait réaliste (c'est la plus grande réussite du film), et un film d'analyse psychologique, sur le travail de deuil et les rapports intimes et invisibles qui tissent la relation d'un fils à son père par delà la mort de celui-ci. La richesse du film, et sa difficulté indéniable, tient dans sa tension entre diverses composantes éloignées, voire opposées. Ainsi, au réalisme fait de bruit, de sang et de boue du combat des poilus, au réalisme de leur lutte pour la survie dans l'hôpital de campagne, s'oppose l'aspect fantastique de l'identification du fils à son père, qui l'amène à voir et entendre ce que vit son père et à connaître lui aussi, mais sur un mode rêvé, la réalité de la guerre. La chronologie du récit est de même perturbée par les va-et-vient de la mémoire de l'enfant : les passages du front à l'arrière contaminent peu à peu la narration et l'ordre des scènes quitte la simple chronologie pour adopter le cheminement psychologique du fils, suivre l'allure de son identification et celle de ses souvenirs.

 

Interview Christophe Malavoy pour Arte Magazine (C.Guillemeau) :

Lorsque vous avez écrit « Parmi tant d'autres », aviez-vous déjà en tête son adaptation à l'écran ?

Lorsqu'on écrit un roman, on ne pense pas obligatoirement à l'écran, mais il y a des images qui naissent sous la plume et on tente de les traduire avec des mots, parfois même des silences. Avec le film, mon ambition n'a pas été de raconter nécessairement l'histoire de mon grand-père. J'ai voulu davantage traiter ce que les êtres se transmettent d'une génération à l'autre, et cette nécessité de produire de l'humain, de se prolonger dans l'autre.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour passer des mots aux images ?

La littérature suggère et le cinéma révèle. L'adaptation a donc été un gros travail de réécriture. Je me suis surtout attaché à restituer l'émotion contenue dans le livre. L'enfant qui, dans le livre, est au second plan, est devenu le personnage principal du film. La guerre et le travail de deuil sont vus à travers le prisme de l'émotion enfantine. J'ai voulu montrer la difficulté d'être des enfants qui, très tôt, se posent des questions sur la vie, la mort, Dieu... Des questions qui nous embarrassent car il faut peut-être une vie, justement, pour y répondre.

 

Quelle singularité aviez-vous envie de faire entendre sur la guerre de 14-18 ?

La Grande Guerre a inspiré une importante littérature. On peut même dire que de grands auteurs en sont nés : Barbusse, Genevoix, Cendrars, Céline, Jünger... Sur cette guerre, tout ou presque a déjà été écrit. Ce qui me semblait important était d'imposer un style, une forme, témoignant d'une vision très intérieure. J'ai voulu traduire l'idée que le temps est une seule et même matière, un seul et même espace, que ce qui est passé fait intimement et parfois cruellement partie de notre présent, inspire, dirige notre vie et nos actions futures.

 

Comment avez-vous travaillé à la recréation historique ?

J'ai accumulé documents audiovisuels, journaux, récits de poilus, mais aussi des photos, certaines en relief sur des doubles plaques selon le procédé du Vérascope de Richard. À partir de cette matière et des décors que nous avions repérés, Véra Zelinskaïa a redessiné et peint à la gouache une trentaine de maquettes. Il fallait que nous puissions nous rapprocher de ces décors presque monochromes, faits de terre et de boue. Techniquement, on a travaillé à des vitesses d'obturation différentes pour recréer l'esprit des films réalisés dans les tranchées avec la caméra Pathé.

La critique de l'Humanité (31-1-2004) : Un sens à la vie Christophe Malavoy signe un film émouvant, à la recherche de son grand-père mort dans les tranchées. Rencontre.

Ceux qui aiment ne meurent jamais. Arte, 20 h 45.

" C'est une histoire dont la construction dramatique n'est pas courante et qui mérite attention ", prévient Christophe Malavoy, devant son café. L'acteur et réalisateur est venu présenter son film au FIPA, à Biarritz. Première rencontre avec le public, première rencontre avec les émotions après une si longue attente. Le cinéma a refusé le scénario. Après trois ans, il a dû changer de production. Et c'est Arte et Pierre Chevalier qui ont finalement pris le risque de faire aboutir ce projet personnel. " Entre le début de l'écriture et le film, il s'est passé cinq ans ", confesse Christophe Malavoy, qui s'est particulièrement investi sur ce téléfilm retraçant un pan de son histoire familiale.

La voix est posée, le ton trahit une émotion non feinte. Il incarne son grand-père, mort sabre à la main lors d'un assaut dans les tranchées de Champagne, en mars 1915. Une guerre folle dont " le roi était le barbelé ", et dont " les cicatrices sont encore visibles et remontent chaque jour à la surface. La terre nous rappelle sans arrêt la violence de ces combats ".

" C'est la douleur qui est le plus difficile à imaginer ", dit-il. Il a dû jouer son grand-père avec cinq balles dans la peau, " un moment très émouvant ". Jacques Gamblin avait été pressenti pour le rôle mais les difficultés de production ont conduit Christophe Malavoy à jouer cet André recherché par son fils Albert qui ne sait rien de lui ou presque. Albert mène un combat intérieur pour lutter contre la mort de ce père à peine connu. Il a en mains des objets, un portefeuille, des lorgnons, une montre, revenus du front pour " recomposer l'image du père disparu ". À sa manière, bien sûr. " La mémoire, c'est un espace dans lequel on déambule ", souffle le réalisateur, pour qui " l'émotion est encore très proche et très vive ".

Adapté très librement de son livre Parmi tant d'autres, ce film permet à Malavoy de parcourir son histoire. Il laisse la chronologie de côté pour mêler et mélanger passé, présent et avenir que le petit Albert assemble comme les pièces d'un puzzle. Il reconstruit cette image du père à travers " ses nuits, ses rêves, ses obsessions, ses cauchemars, avec la liberté, la poésie, l'innocence avec lesquelles il appréhende le monde ". Il recompose la vie de ses parents, cette rencontre, cette histoire d'amour qui l'a fait naître. Le monde enfantin est un monde de secrets et de douleurs enfouies. Et " ces questions sur la mort, sur Dieu, sur la vie, sur l'amour, les enfants se les posent plus tôt qu'on croit ".

Le père de Malavoy a fait l'école de Saumur, est devenu officier, sa grand-mère a été déportée à Ravensbrück, son oncle à Mathausen. " Je suis le résultat de ces histoires ", lâche-t-il. Et ce grand-père mort, huit jours après avoir été mitraillé, ces objets qui ont compté dans sa vie et dans les choix qu'il a faits, ça vous forge un homme et une conscience. " C'est sur cette émotion, gardée longtemps en moi dans un jardin secret, que j'ai bâti ma vie. Elle en est un des socles ", dit Christophe Malavoy. " Mon thème principal, c'est la filiation, la nécessité de produire de l'humain, savoir d'où on vient. La transmission, donner un sens à notre vie. "

Son film, " c'est aussi une reconnaissance pour toute une génération de poilus, en fait des jeunes pères qui ont été sacrifiés dans des conditions qui vont au-delà des mots ". Un film d'espoir. Même si l'homme se dit " affecté par la brutalité, la violence que les hommes sont capables de produire pour se détruire, eux et ce qui les entoure ". " Inquiet et pessimiste ", il veut croire toutefois qu'" en chaque individu, il y a quelque chose de bon. Il faut croire toujours que le monde peut-être transformé et qu'un jour viendra... Il faut y croire, sinon c'est difficile. "

C.Baudry

La critique de Radio France (D.Ohayon) : Ceux qui aiment ne meurent jamais

"Ceux qui aiment ne meurent jamais". La fiction que diffuse Arte ce soir a été réalisée par Christophe Malavoy. Christophe Malavoy y incarne son propre grand-père, blessé en 1915 par une rafale de mitrailleuse alors qu'il menait son bataillon à l'assaut, sabre au clair. Plus largement, il nous propose une réflexion sur l'absence et le deuil à travers l'histoire d'un petit garçon.

André a, comme tant d'autres, quitté la femme qu'il aime et qui attend un enfant pour rejoindre les tranchées. En 1915, il est blessé de 5 balles en pleine poitrine, est transféré dans une église devenue hopital, et pendant 8 jours, il s'accroche à la vie sans que le médecin militaire débordé, un dentiste dans le civil, estime qu'il ait la moindre chance d'en réchapper.

Le fils d'André, Albert, est maintenant un petit garçon de 9 ans. Il rève de son père, de la mort de son père, si fort... et avec un tel réalisme qu'on a le sentiment que le récit s'était inscrit dans son âme de nouveau-né. Albert est une sorte de médium qui nous permet d'accéder à l'histoire de ses parents : leur rencontre, la guerre, le sang, le deuil. Il revit tout, sans tout comprendre.

Ce procédé d'écriture qui crée un va et vient entre l'enfant et les années de guerre et d'avant guerre est un peu déconcertant. C'est le seul reproche que l'on peut faire à cette fiction qui nous entraine dans le désordre, de la boue des tranchées au salon calme et confortable où les parents d'Albert se sont déclaré leur amour puis à cette église glacée. Quant agonisent les victimes d'une guerre où l'on meurt d'avoir chargé au sabre contre une mitrailleuse.

 

Liens web : Bac Professionnel : le roman de Christophe Malavoy - Les dossiers de Teledoc - L'Humanité du 31-1-2004 -

 

Sommaire Marie-José Nat
Choisissez votre page !
Sommaire général Marie-José Nat Marie-José Nat : cinéma Marie-José Nat : télévision

© Site filmographique Marie-José Nat / Michel Drach